Le monde danse encore
25 janvier au 22 mars 2026
Maison des arts et de la culture de Brompton
Brompton, Sherbrooke


Le monde danse encore explore la présence insidieuse de la maladie et du deuil, leurs répercussions sur le corps, la mémoire, l’intimité et les traces qu’ils laissent derrière eux. L’exposition prend naissance dans un décalage : le monde poursuit sa chorégraphie, mais pour celles et ceux qui traversent la maladie ou l’accompagnent, le rythme se fracture, se ralentit, s’absente. C’est cet espace suspendu que l’artiste cherche à rendre sensible : cet instant où le monde danse encore, alors que nous ne dansons plus.
Pour ce troisième volet, je compose des écosystèmes visuels où se mêlent dessins, archives, fragments intimes et éléments transformés. Ces œuvres deviennent des passages, des états de transition, des zones poreuses entre présence et disparition, douceur et corrosion, soin et abandon. Au cœur de l’exposition, des formes oscillent entre anatomie et géologie, peau et paysages, organismes et constellations. Hybrides et spéculatives, ces formes deviennent des hypothèses visuelles pour figurer l’invisible : ce qui attaque, ce qui protège, ce qui résiste. Elles côtoient un univers organique en mutation où l’on imagine un corps traversé par le monde, habité de rémanences de vie et de mouvements qui persistent malgré le vacillement. Ancrée dans une expérience intime, l’exposition ouvre sur une réalité partagée, un territoire à habiter. Elle est une invitation à ralentir, à ressentir, à reconnaître en soi ce que la maladie, le deuil transforment, révèlent ou ravivent. Un espace pour penser la fragilité et la lumière qui survit au déséquilibre, tandis que le monde, lui, continue de tourner.


J’aurais préféré mourir ainsi, 2025, plâtre, queues de carottes du jardin, 50,8 x 38,1 cm

Cotte de maille, 2025, monotype — impression directe d’un cardigan encré sous presse, encre Charbonnel sur papier cartouche, 63,5 x 49,5 cm
Cette œuvre est issue de l’empreinte directe d’un cardigan pressé, encré et transféré sur le papier. Ce geste simple et frontal transforme un vêtement ordinaire en armure fantôme, en protection vidée de son porteur, mais encore chargée de mémoire. Intitulée Cotte de maille, l’œuvre joue volontairement sur le glissement entre l’imaginaire médiéval de l’armure et la réalité domestique du textile. Ici, la maille n’est plus métallique ni guerrière : elle est molle, poreuse, fragile. Elle évoque un habit porté au quotidien, un vêtement de chaleur et de soin utilisé pour se protéger du froid, de la fatigue, de la vulnérabilité du corps malade. Cette protection intime devient une forme de défense silencieuse. L’image ne représente pas le corps, mais ce qui l’a entouré. Le corps s’est retiré laissant derrière lui une peau secondaire, une enveloppe marquée par l’usage, par la pression, par le temps. L’empreinte révèle une texture dense, presque organique où la maille se confond avec des structures cellulaires, des tissus, des réseaux internes. Le vêtement devient alors une extension du corps, un espace de passage entre l’intérieur et l’extérieur.



Spécimen est une série de sculptures qui prolonge les recherches amorcées dans Corps-monde. Chaque forme se présente comme un organisme autonome, oscillant entre le vivant et l’indéterminé. Évoquant tour à tour insectes, coraux, étoiles de mer, cellules ou formes embryonnaires, ces sculptures composent un univers foisonnant à la frontière du biologique, du minéral et de l’imaginaire.À travers des textures sablonneuses, piquantes ou virulentes, Spécimen propose des hypothèses sculpturales pour figurer l’invisible : la maladie, ses mutations, ses proliférations et ses zones d’incertitude. Ces corps hybrides ne cherchent pas à représenter, mais à suggérer des états, des passages, des altérations. Entre attraction et inquiétude, la série interroge la transformation du corps et la manière dont l’art peut donner forme à ce qui échappe au regard.
Spécimen #2, 2026, aluminium, pulpe de carton, acrylique, sable naturel, 25,4 x 25,4 x 17,78 cm, vendu - collection privée / SCM-IV-Synesthésie, 2025, technique mixte sur papier Canson pressé à froid sans acide, encadrement, 61 x 45,7 cm (24 x 18 po), vendu - collection privée

Spécimen (mère) #1, 2026, aluminium, pulpe de carton, acrylique, mousse espagnole naturelle, 40,64 x 49,53 x 44,45 cm / Microcosme vitriolique II, 2025, vidéo, 4 min 14 s
Cette vidéo met en tension deux réalités qui coexistent brutalement : l’irruption de la maladie et la persistance de la vie. Alors que le corps s’altère et se fragmente, un flux accéléré d’images, de sensations et de souvenirs surgit comme si, à l’approche de la mort, tout ce qui a été vécu se mettait à défiler avec une intensité redoublée. Plongée dans un univers organique saturé, l’image superpose abstractions cellulaires, organismes marins, parasites et paysages liquides évoquant un corps à la fois traversé, dégradé et encore vivant. Les méduses flottent et pulsent comme des cellules conscientes, incarnant une présence intime et maternelle, un océan intérieur où se confondent liquide amniotique, lymphe et mer. À cette exploration du dedans se mêlent des fragments du dehors : danseurs, concerts, carrousels, jeux de lumière. Non comme échappatoire, mais comme signes d’un monde qui persiste, qui danse encore, malgré la maladie et la perte imminente. La trame sonore, oscillant entre chants animaux, bruits d’eau, textures électroniques et distorsions, amplifie cette tension. La vidéo ne montre pas une fin, mais un état de saturation où vitalité et décomposition coexistent de manière indissociable. Un espace où le mouvement ne s’arrête pas : il se déplace, se transforme, survit autrement.

Spécimen #3, 2026, aluminium, pulpe de carton, acrylique, sable naturel, 20,32 x 30,48 x 19,05 cm

Bottines de personne, 2025, moulage, poudre de briques d'argile cuite, colle, 16,5 x 15,2 x 22,9 cm

Agapanthia violacea, 2022, crayons Prismacolor sur papier Canson Mi-Teintes, 71,12 x 55,88 cm

